Une étude de l'Irdes publiée en février 2026, a mesuré, commune par commune, les consultations spécialisées accessibles par habitant, à la lumière de l’indicateur d’accessibilité potentielle localisée (APL).
L'étude s'est centrée sur trois spécialités : les cardiologues, les dermatologues et les ophtalmologistes.
Les cardiologues semblent globalement mieux répartis sur le territoire que leurs confrères dermatologues et les ophtalmologistes. L'accès aux ophtalmologues et dermatologues dépend surtout de praticiens installés en secteur 2, accentuant les disparités.
Sur l'ensemble du territoire national on observe d'importantes disparités d'accès à ces trois spécialités. Chaque département ou région présentent des centralités spécifiques – pour les départements cela correspond souvent à la préfecture, les zones côtières dans les régions en bord de mer ou autres noeuds de communication comme la vallée du Rhône par exemple – qui offrent une bonne accessibilité à ces médecins, celle-ci se réduisant progressivement à mesure que l'on s'éloigne de ces centralités. De fait des territoires se retrouvent en “accessibilité nulle” : Nièvre, Lozère, Creuse.
Pour les ophtalmologistes et les dermatologues, l'accessibilité repose essentiellement sur l'offre de secteur 2, tous types d'espaces confondus, alors que pour les cardiologues, elle repose majoritairement sur l'offre de secteur 1.
Les dépassements d'honoraires renforcent également les inégalités sociales d'accessibilité géographique aux spécialistes : celle-ci est plus faible pour les communes les plus pauvres et plus élevée pour les communes les plus riches, dans lesquelles la demande est plus solvable.

Même s'il n'est pas parfait, notamment pour rendre compte du niveau de précarité de la population, l'APL a l'avantage de croiser les inégalités géographiques (temps d'accès) et tarifaires (secteur 1 et 2).
Le débat public sur les inégalités d'accès aux soins a tendance à se focaliser sur l'inégale répartition des médecins généralistes sur le territoire. Selon l'APL aux médecins généralistes calculée par la Drees, les 10 % de la population les mieux dotés en généralistes ont en 2019 une accessibilité 3,5 fois supérieure aux 10 % de la population les moins bien dotés. L'étude de l'IRDES montre que ces inégalités d'accès sont supérieures pour les médecins spécialistes : le ratio est de 4,9 pour les cardiologues, de 5 pour les ophtalmologistes et de 6,8 pour les dermatologues. Ces inégalités d'accès à ces trois spécialités restent à un niveau élevé si l'on restreint l'analyse à la seule offre à tarif opposable.
Améliorer la répartition géographique des médecins spécialistes et maîtriser l'évolution des tarifs pratiqués favoriseraient une meilleure réponse aux besoins de santé de la population.




