Un rapport conjoint de l'IGAS et de l'Inspection générale des finances (IGF), publié fin août 2026, dresse un état des lieux inédit du temps de travail des médecins en France. Parmi ses constats, l'un concerne la montée continue de l'exercice mixte, c'est-à-dire le partage d'activité entre le secteur libéral et le salariat.
Une évolution structurelle des modes d'exercice
Le rapport distingue quatre grandes catégories d'exercice médical : le libéral, le salariat en établissement public, le salariat en établissement privé, et l'exercice mixte qui consiste, pour un même praticien, à combiner plusieurs de ces modes.
Les données du répertoire partagé des professionnels de santé (RPPS) montrent une trajectoire nette entre 2012 et 2024 :
- les effectifs en exercice mixte progressent fortement, passant d'environ 17 500 à plus de 29 100 médecins ;
- les effectifs en libéral exclusif reculent, de 111 000 à environ 100 000 ;
- le salariat poursuit sa progression, de 87 000 à plus de 104 000 médecins.
La mission souligne que cette dynamique devrait se poursuivre portée par un attrait croissant pour le salariat et par le souhait d'un nombre croissant de médecins de diversifier leur activité plutôt que de s'inscrire dans un mode d'exercice unique.
Un phénomène que les bases de données publiques ne parviennent pas à objectiver
C'est l'un des constats du rapport : alors que l'exercice mixte se développe, aucune source de données ne permet aujourd'hui de le mesurer précisément, ni d'en suivre les effets sur le temps de travail réel des médecins concernés.
Plusieurs limites sont pointées :
- Le RPPS sous-estime fortement l'exercice mixte. L'appariement réalisé par la mission avec les données fiscales révèle que 69 % des médecins généralistes ayant des revenus à la fois salariés et libéraux restent classés comme « libéraux » dans le RPPS.
- Le panel des médecins généralistes de la Drees, principale source pour suivre l'évolution du temps de travail, ne couvre pas les médecins en exercice mixte à prédominance salariée : un angle mort que la mission recommande de corriger.
- L'appariement Insee-Cnam-DGFiP, qui croise revenus libéraux et salariés, permet d'approcher l'existence d'une activité mixte mais pas sa quotité réelle.
Cette absence de vision consolidée constitue, selon la mission, un frein pour les pouvoirs publics : elle empêche d'apprécier correctement le temps médical réellement disponible sur un territoire donné.
La proposition centrale : un répertoire d'appariement
Face à ce constat, la première proposition du rapport est de constituer un répertoire des médecins contenant leur identifiant RPPS et un code statistique afin de créer une base d'appariement entre les données d'exercice salarié et d'activité libérale.
L'objectif : rapprocher les sources existantes sans exposer l'identité des professionnels, éviter les doubles comptages, et reconstituer une vision consolidée des trajectoires d'exercice .
Un signal positif pour les centres de santé
Pour les gestionnaires de centres de santé, ce constat est une bonne nouvelle à double titre. D'une part, il confirme que le salariat s'inscrit dans une dynamique de fond et est une réponse en phase avec les aspirations d'un nombre croissant de médecins. D'autre part, en documentant pour la première fois l'ampleur de ce phénomène et ses angles morts, le rapport ouvre la voie à une meilleure reconnaissance de l'apport réel des centres de santé à l'offre de soins territoriale, notamment via les médecins en exercice mixte.




